AND THERE WAS LIGHT

ET LA LUMIÈRE FUT

Jean Cassou (1897-1986)

Joyeux Pâques! Un grand poème de JEAN CASSOU, chef de la Résistance au sud-ouest, à qui de Gaulle au chevet donne la Croix de la Libération. Communiste, il quitte le parti contre le pacte Molotov-Ribbentrop ; il défend Tito qui rompt avec Staline : on le dénonce. Cassou créera le Musée National d’Art Moderne ; il recevra 1971 le Grand prix national des Lettres, 1983 le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres, et la Médaille d'or du mérite des beaux-arts (Espagne). Néanmoins il reste ‘le grand méconnu’. Ce poème du recueil ‘La rose et le vin’ est écrit en 1941 et publié en 1952 chez l’Imprimerie des Poètes. Avec ses échos religieux, il est plein de lumière et d’espoir.
ET LA LUMIÈRE FUT
Et la lumière fut, qui éclaire tout homme en ce monde et toute la misère du monde, et qui forme l'éclat des raisins et des pommes et les jaunes frissons sous les feuilles profondes. Et la lumière est pure alors qu'elle arrondit ses touches de splendeur sur la masse des ombres, comme une lampe aimée que la main de la nuit plonge au fond de l'amour par un escalier sombre. Et la lumière est pure et la lumière est sainte, et la lumière parle avec des mots joyeux plus haut que la tempête et plus fort que la plainte qui réveille en sursaut les dormeurs malheureux. Sois louée, sois bénie, lumière inexhaustible, thyrse de poésie, serpent de guérison, peine et joie consenties, immanence visible, conscience casquée, ô déesse raison! Sois bénie, et béni soit ton règne efficace: qu'il étende ses bras de révélation comme des nappes d' or au large des espaces et y fasse tinter les tours bleues des Sions. Manifeste les sons étreints par le silence, délivre les pitiés, les charmes engourdis: il est encor des poids pour la juste ba1ance, il est encor des pleurs qui n'ont pas été dits. Des abîmes de deuil et de mémoires vaines attendent ton signal, et d'obscurs continents fumant, sur leurs degrés, d'odeurs suburréennes, et des clairons muets au seuil des monuments. Ta suscitation doit faire comparaître toutes ces draperies grouillantes, mille espoirs, poings convulsés aux grilles rouges des fenêtres, comme une tragédie fermée de toutes parts. Éclaire de tes yeux la minutie des rides, la multiplicité des plis, la belle trace des vagues accouplées et des cheveux rapides que dénombre le vent aux profils qui s' effacent. Exalte les vallées où les peuples gémissent, couchés sur les tombeaux des âges embaumés, fends les temples, pénètre au secret des calices où bourdonne l'essaim des anges oubliés. Prends les rues dans tes rais comme des ronces. Mêle à tes fruits irisés les bulles des ruisseaux, la paille des fumiers, le cri des étincelles farouche et sans répit sous le choc des marteaux. Ouvre les portes! L'âme est noire dans son coin, et cette odeur de sang qui brûle plaît aux mères. Mais tu sais rire, et d'un rire chaste et sans fin, jusque parmi les fleurs pourries des cimetières, toi, tu sais rire, et comme d'un rire espagnol, torrent de flamme et d'eau sauvage, ma lumière, mon grand sarcasme phrygien, ma carmagnole, cheval, cheval terrible, ô la plus libre et fière des apparitions au-dessus de nos têtes! Tue les dieux mauvais, tue! Oh! quel dégoût croupit dans nos siècles comme des restes de planètes retombés loin de toi dans l'éternelle nuit! Mais ne nous quitte pas! Embrase jusqu' à l'or la plaie qui nous dévore et ces choses petites et innocentes, nées à peine dans la mort, la pauvre mort chétive et elle aussi bénite, la misérable mort d'ici, notre seul bien, (et c'est pourquoi tu sais que nous l'aimions... ). Mais d'autres amours nous captiveront que ce triste rien, quand tout n'appartiendra plus qu' à ta flamme haute, porté vers cette épée ascensionnelle. Et tout sera clair et présent. Radieuse, la terre aura vêtu sa robe virginale d'août pour boire infiniment le vin de la lumière.
AND THERE WAS LIGHT
And there was light, that lightens everyone that lives, and lightens all this world’s distress, puts bloom on grapes and apples in the sun, under low leaves a shivering yellowness. The light is pure when it rounds out its glory on fields of shadow touched with splendour bright, a well-loved lamp to reach an upper storey, thrust into Love’s depths by the hand of night. The light is pure, the light has sanctity, and the light speaks, its words rejoice the heart, above the storm and moaning threnody that wakes unhappy sleepers with a start. Be praised, be blessed, light inexhaustible, serpent of healing, poets’ thyrsus, yes, pain and joy sanctioned, immanence visible, goddess of reason, helmeted consciousness! Blessings be on you and your potent reign: may it stretch forth its arm, enlightening, like cloth of gold spread wide across the plain, and make the high blue towers of Sions ring. Show forth the sounds that were constrained in silence: set pity free, shake loose the magic word; there are yet makeweights for the rightful balance, there are yet tears whose story is unheard. Chasms of mourning and vain memories await your signal; murky continents, steaming with old Suburan fragrances; mute bugles on the steps of monuments. At your arousal, everything appears: the thousand hopes, the vermin-ridden drapes, the fists convulsing at red window-bars, a tragedy that nobody escapes. Illumine with your eyes the waves in pairs, the plethora of folds, the lovely trace of wrinkled intricacies, and quick hairs, counted by winds, on brows the years efface. The peoples cry aloud. Exalt the valleys! They lie on centuries entombed in balm. Cleave, cleave the temples, penetrate the chalice where the forgotten angels buzz and swarm. Embrace roads in your rays like briars. Bring, mingled with rainbow fruits, the rivers’ bubbles, straw of the dunghills, sparks that fiercely sing, relentless, as the hammer-blow redoubles. Open the gates! The soul is black, unseen; this is the burnt-blood smell a mother craves. But you laugh well: your laugh is endless, clean, even to the flowers that wither on the graves. Yes, you laugh well, my light, à l’espagnole, flame and wild cataract, a streaming flood, my Phrygian caustic wit, my carmagnole, terrible steed, the freest and most proud of airy apparitions. Kill, oh kill the wicked gods! As dregs of planets fall, our aeons of disgust are festering still, crashed far from you in night perpetual. But stay amongst us! Burn to glowing gold the wound that feasts on us, the littleness, things small and innocent and scarcely foaled before they die the death we also bless; death’s all we have on earth, and that is why you know we loved it ... Many a better love will charm us than that dismal nullity, when all reverts to your high flame above, nearing the sword of the ascension. All shall then be clear and present. Beaming bright, Earth in her August garments virginal shall infinitely drink the wine of light.
Jean Cassou the Resistant broke with the Communists; composed 33 Sonnets in his head, in a Vichy prison (Arc Publications); created the Musee National d'Art Moderne; still 'the great unrecognised'. Dual text and more on the PRé page #pourunerépubliqueécologique, 4 April 2021.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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The Mouse from England

La souris d'Angleterre

‘Nino’ – Michel Veber – (1896-1965)

La souris d'Angleterre
C'était une souris qui venait d'Angleterre, Yes, Madame, yes, my dear, Ell' s'était embarquée au port de Manchester Sans même savoir où s'en allait le navire. No, Madam', no, my dear. Elle avait la dent long' comme une vieille Anglaise, S'enroulait dans un plaid à la mode écossaise Et portait une coiffe en dentelle irlandaise. Dans le port de Calais, elle mit pied à terre, Yes, Madame, yes, my dear, Elle s'en fut bien vite à l'hôtel d'Angleterre, Et grimpe l'escalier tout droit sans rien leur dire, No, Madam', no, my dear, Le grenier de l'hôtel lui fut un vrai palace, La souris britannique avait là tout sur place, Du whisky, du bacon, du gin, de la mélasse. Chaque soir notre miss faisait la ribouldingue, Yes, Madame, yes, my dear, C'était toute la nuit des gigues des bastringues, Les bourgeois de Calais ne pouvaient plus dormir, No, Madam', no, my dear, En vain l'on remplaçait l'appât des souricières, Le Suiss' par le Holland', le Bri' par le Gruyère, Rien n'y fit, lorsqu'un soir on y mit du Chester. C'était une souris qui venait d'Angleterre, Yes, Madame, yes, my dear.
The Mouse from England
Now once upon a time there was an English mouse Yes, Madame, yes, my dear. She sailed from Liverpool – she must have been a Scouse. She didn’t even know the likely port-of-call. No, Madame, no, my dear. Long in the tooth she was, like any English crone, She wore a tartan plaid, the kind the Scots put on, And proudly on her head an Irish lace confec-ti-on. She came to Calais port, and there she disembarked Yes, Madame, yes, my dear. And to the Angleterre Hotel she quickly walked. Straight up the stairs she went, she said no word at all. No, Madame, no, my dear. The loft of the hotel outdid the great palaces: The lucky British mouse was well supplied, with masses Of whisky, of bacon, of gin, and of molasses. Each evening our Miss Mouse went on a jolly spree, Yes, Madame, yes, my dear. With noisy reels and jigs and shouts of revelry. The burghers of Calais could get no sleep at all No, Madame, no, my dear. The cheeses in the traps were switched to no avail, The Swiss, the Dutch, the Brie, so many bound to fail, Till at last one night they put some Wensleydale. For once upon a time there was an English mouse Yes, Madame, yes, my dear.

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Curfew

Couvre-feu

Paul Eluard (1895-1952)

Couvre-feu
Que voulez-vous la porte était gardée Que voulez-vous nous étions enfermés Que voulez-vous la rue était barrée Que voulez-vous la ville était matée Que voulez-vous elle était affamée Que voulez-vous nous étions désarmés Que voulez-vous la nuit était tombée Que voulez-vous nous nous sommes aimés
Curfew
What do you think the door was closed What do you think they placed a guard What do you think the street was barred What do you think the town was lost What do you think she was half-starved What do you think we were disarmed What do you think the darkness loomed What do you think we lived we loved

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She Loves

L'amoureuse

Paul Eluard (1895-1952)

L'amoureuse
Elle est debout sur mes paupières Et ses cheveux sont dans les miens, Elle a la forme de mes mains, Elle a la couleur de mes yeux, Elle s'engloutit dans mon ombre Comme une pierre sur le ciel. Elle a toujours les yeux ouverts Et ne me laisse pas dormir. Ses rêves en pleine lumière Font s'évaporer les soleils Me font rire, pleurer et rire, Parler sans avoir rien à dire.
She Loves
On my two closed eyes she stands And her hair is in my hair And her shape is of my hands And her shade is of my eyes She is swallowed in my shadow As a stone against the skies Her eyes are ever open She will never leave me sleeping At her dreams in light of day Suns evaporate away I go laughing laughing weeping Speaking nothing can I say

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Chanson pour une nuit de Noël

Song for a Christmas Night

Marie Gevers (1883-1975)

Song for a Christmas Night
Viens à la porte. Écoutons. Bientôt chanteront les cloches, Les sirens siffleront, Et tonneront les bourdons, Écoutons, minuit est progche. Écoutons jusqu’à minuit. La voie lactée se dénoue, Et l’enfant Jésus secoue Le blanc duvet de son lit. Il en neige un lait d’étoiles Des diamants de poussière, Des envolements de voiles, Des présages de lumière, Un apaisement immense... Il en tombe un grand silence Le vent porte ses féeries En offrandes à Noël. Bientôt minuit sonnera N’entendez-vous point des pas? Entrez, Joseph et Marie! C’est pour vous que luit le ciel, Voici du pain et du beurre, Des pommes et du café; Asseyez-vous au foyer, Pour attendre ensemble l’heure Où dans un miracle blanc Naîtra le petit Enfant.
Chanson pour une nuit de Noël
Come to the door. Give ear for singing bells, for sirens whistling, thunder of organs: listen, the midnight’s near. Hark, till the hour draws on: the Milky Way’s undone and Jesus newly-born shakes out his bed’s white down. A milk of stars! Snow falls, a diamantine dust: up and away fly veils foretelling light at last and peace, unending, vast. Huge silence falls. The winds bear off these magic things as Christmas offerings. Already midnight rings. Do you hear footfall? Joseph and Mary, welcome! The sky shines bright for you, Here are bread and butter, apples and coffee too. Sit snugly at the hearth and we’ll await together the white and hallowed wonder of the pure infant’s birth.

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It’s Snowing

Il neige

Charles Oulmont (1883-1984)

Il neige
Il neige, il neige du chagrin… L’on dirait d’un grand rideau gris. Penses-tu donc la vie si longue Pour ne pas éloigner cette ombre ?... L’ombre augmente avecque le soir Elle se confond dans la nuit. Le gris n’est plus gris, mais tout noir, Si noir qu’on ne le sait plus gris … Et pourtant, il est là, tout près, Il guette tes soupirs, tes larmes, Il se réjouit de ta peine. Il neige, il neige du chagrin… Crois-m’en, ne le laisse pas vivre : De sa vie naîtrait ta mort. Cultive le rose ou le bleu, Clarté, sourire, amour, soleil. Ce que déteste le chagrin, Aime-le toujours plus et plus : Sournois, lâche, il reculera : Il aura peur de cette joie Et tu chanteras devant lui Sans le craindre le moins du monde, Plus de cœur en berne jamais : Du chagrin, la neige a fondu.
It’s Snowing
It’s snowing, snowing sorrow. You’d say, a great grey curtain. Do you then think life’s too long Not to repel this shadow? The shadow grows with evening, It blends into the night, Not grey now, but quite black, so black It cannot pass for grey. And yet it’s there, so close, Watching your sighs and tears, Rejoicing in your pain, It’s snowing, snowing sorrow. Trust me, don’t let it live! Its life would spawn your death. Nurture the rose, or blue Brightness, the smile, love, sun. Love that which sorrow loathes, For ever, more and more: Sullen and cowardly, it will Shrink back, scared of this joy. You’ll sing in sorrow’s face, With the least fear in the world. No heart at half-mast now! And sorrow’s snows have thawed.
Verlaine is in prison, in Mons (at first, in Brussels), for shooting Rimbaud in the wrist. Set to music by Dutilleux

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Le Pont du Nord

Le Pont du Nord (as sung by Germaine Montéro)

Pierre Mac Orlan (1882-1970)

Le Pont du Nord (as sung by Germaine Montéro)
Je n’ai pas pu payer ma taule. Je dois deux semain’s et ma clé N’ouvrira plus la rue des Saules: Ainsi l’a voulu le taulier. La neige tomb’, c’est grand’ vacherie Dans l’ciel, sur la terre et sur moi. Le froid mord dans mes joues maigries Et me ronge le bout des doigts. Ma mèr’ m’a dit, il y a longtemps, — «C'est sur le Pont du Nord qu’Adèle Ta soeur aînée a foutu l'camp Pour danser la java rebelle Loin des conseils de ses parents. C’est là qu’ell’ perdit sa ceinture, La vie et l’air de la chanson. Les Rabouin’s, la Bonne Aventure, Tout ça c’est de l’accordéon.» Quand ma mère eut fermé la bouche, Mon premier soin, ru’ Durantin, Fut d’aborder une Manouche. On peut dir’ qu’elle tombait bien. Sa jupe à volants était mûre; Elle a regardé dans ma main Et m’a dit la Bonne Aventure Devant la port’ d’un marchand d’vin. —«Tu seras marié pour toujours Avant que la lune se couche Dans la lumièr’ du petit jour Tout d'suite après ta premièr’ touche: Car c’est ainsi que naît l’amour. Tu me paieras à la prochaine… Es-tu rassuré’ sur ton sort ? Il est au bout du Pont des Peines, Autrement dit le Pont du Nord. » — «Monsieur, demandai-je à tout l'monde, Où se trouve le Pont du Nord?» Les uns disaient: Au bout du monde Et d’autres: Au bout du corridor. Dans les neiges indifférentes J’ai aperçu le pont brumeux. Il n’avait pas de main-courante Et frôlait le fleuve et les cieux. Le vent, tel un homme en folie, Bouscula les points cardinaux; Et la neige fondit en pluie Pour mieux vous refroidir les os. Et la chair promise au tombeau La fille aperçut-elle un signe Qui lui fit entrevoir les corps Des mal marié's à la dérive ?… Ce n'est plus de notre ressort.
Le Pont du Nord
Can’t pay my rent. Two weeks behind. My key won’t open Rue des Saules: The landlord’s wish, he isn’t kind. It’s snowing, snowing wretchedly On earth, on heaven, and on me. On my thin cheeks the snowflakes fall: The cold bites into them, and nips And gnaws my frozen finger-tips. My mother told me long ago ‘Le Pont du Nord is where Adèle, Your elder sister, went awol And whooped it up, a ne’er-do-well, Far from her parents’ good advice. She lost her belt, she lost the tune, Her life and luck and good fortune: Drop-outs and chancers, no-one nice, Sad song, cheap music, rotten show.’ Soon as my mam had turned it up, My first requirement was to step To Gypsy Rose, rue Durantin, A palmist, doing rather well: The skirts she wore were flounced and full. She read my hand, my fate and all My future and my fortune in The doorway of a bottle-shop. 'Before the setting of the moon You shall be wed for ever more At the first light of early dawn, As soon as you’ve embarked on your… For that’s the way that love is born. Pay me next time. I reassure My clients: all you hear is gain. You’ll need to cross the Bridge of Pain That’s also called Le Pont du Nord.’ I asked if anyone could say Where I might find the Pont du Nord. Some said: it’s half the world away, Some said: it’s down the corridor. The snow just fell without a thought. I saw the bridge in misty guise: No handrail, no police report, It skimmed the river and the skies. The wind was like a man insane: The compass-points were all assailed. The snow was melting into rain, By which your bones are truly chilled. The flesh is promised to the tomb. Did the girl see by any chance A sign that let her glimpse the doom Of brides in sad mésalliance? That’s now beyond our competence.
Published in Journal of the London Institute of Pataphysics, 2020.

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Mary-Sue

Marie-Dominique

Pierre Mac Orlan (1882-1970)

Sung by Laure Diana
Marie-Dominique
J'étais un soldat de marine, J'venais d'm'engager pour cinq ans. J'avais vingt ans, belle poitrine Comm' dans l'refrain du régiment. Dans les bistrots près de Lourcine, Les anciens m'en faisaient un plat: - «Tu verras c'que c'est qu'l'Indochine. Écout' la chanson d'un soldat»: Refrain Marie, Marie-Dominique Que foutais-tu à Saïgon? Ça ne pouvait rien fair' de bon Marie-Dominique. Je n'étais qu'un cabot-clairon Mais je me rappelle ton nom Marie-Dominique. Est-ce l'écho de tes prénoms Ou le triste appel du clairon Marie-Dominique. Je ne savais pas que la chance Ne fréquentait point les cagnas Et qu'en dehors de la cuistance Tout le rest' ne valait pas ça. Tu m'as fait comprendre les choses Avec tes p'tits airs insolents Et je n'sais quell's apothéoses! C'était l'plus clair de mes tourments Ce fut Marie-la-Tonkinoise Qui voulut fair’ notre bonheur En m’faisant passer sous la toise Dans l’vieux Cholon… ou bien ailleurs. T’as toujours été un peu folle. Ton but, je le voyais pas bien. Tout ça ce n’était qu’des paroles Au cours de la piastre à Nankin. Tu m’as gâté mon paysage Et l’av’nir quand sur le transport Je feuilletais des bell’s images Peintes comm’des Boudda en or. Où sont mes buffl’s dans la rizière, Les sampangs, l’aroyo brumeux, Les congay’s, leurs petit’s manières, Devant le pouvoir de tes yeux ? C’est ta démarche balancée Qui effaça tous mes espoirs, Dans la bonn’ vi’ si bien rêvée Est-c’ régulier de t’en vouloir? Un’ chanson de la Coloniale C’est le résultat en cinq ans De mes erreurs sentimentales Selon l’expérience des camps. De : Chansons pour accordéon, 1953.
Mary-Sue
I was a soldier, a Marine, At twenty, for five years I signed. My chest was something to be seen, As regimental songs remind. In bistros near the barrack gate The old hands piled it on my plate: ‘Now hear this song of the Marines! You’ll see what Indo-China means.’ Chorus Tonkin Mary, Saigon Sue, What was it you used to do? Nothing nice or good at all. Tonkin Mary, Saigon Sue, I was just a bugler, true, That's how I remember you, Tonkin Mary, Saigon Sue, By your forenames’ dying fall, Or the dreary bugle-call, Tonkin Mary, Saigon Sue. I had not the least idea Hangars aren’t the haunts of Luck. All that counts is how you cook, The rest is neither here nor there. All your petty insolence Gave me quite a grasp of things: There were some divine ascents, Surest of my sufferings. It was Tonkin Mary who Wished our fortune and our pleasure. In Cholon she took my measure, And some other places too. Just a wee bit cracked are you, What you planned I hardly knew. All that empty chattering! Money-changers of Nanking. You spoilt my pretty country scene, My future too, when on the road I painted lovely images, All done, as Buddhas are, in gold. My paddy-field with buffaloes, My misty canyon, my sampans, My Cong, and all their little ways: Doomed, by the power of your eyes! Your well-considered stratagem: My hopes erased and washed away. In the good life, the happy dream, To hold a grudge must be OK. Five years of service! That is all, After my blunders in romance: A song of La Coloniale To show for my experience.
Journal of The London Institute of Pataphysics, 1921.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Fairies’ Moonlight

Féerie au clair de lune

Raymond Genty (1881-1950)

Poem as adapted by the composer Dutilleux
Féerie au clair de lune
Un grillon fait un signal Sur un timbre de cristal Et dans la pénombre chaude Où les parfums sont grisants, La rampe des vers luisants S’allume, vert émeraude. Un ballet de moucherons Tourne, glisse, fait des ronds Tourne, glisse, fait des ronds Dans la lumière changeante. Un grand papillon de nuit Passe en agitant sans bruit Son éventail qui s’argente. Les parfums des grands lys blancs Montent plus forts, plus troublants, Dans cette ombre où l’on conspire. Mais dans cette ombre il y a Obéron, il y a Titania, Il y a du Shakespeare. Les moustiques éveillés Bruissent autour des œillets Tout baignés de crépuscule; Acteurs lilliputiens, Chorégraphes aériens, Mille insectes verts et bleus, Mille insectes merveilleux Tournent autour des œillets Et font une ronde effrénée. Puis, ayant tourné longtemps Sous les roseaux des étangs, Sous le hêtre et sous l’yeuse, Les petits danseurs ailés Soudain se sont en allés Dans l’ombre mystérieuse. Tout se tait. Seul, par moment, Le léger sautillement D’une oiselle à longue queue. Puis, plus rien, plus aucun bruit, Il n’y a plus que la nuit Magnifique, immense et bleue.
Fairies’ Moonlight
A cricket gives a signal striking a bell of crystal and in the warm half-light of enervating fragrance the fireflies’ rack of lanterns flares, emerald, alight. Ballet-dancing midges go turning, gliding, circling go turning, gliding, circling in inconstant light. a great night butterfly noiselessly passes by shaking his silver fan. The great white lilies’ odour ascends, more troubling, louder, in this conspiring shadow. But in this shadow are Oberon, Titania, here we have Shakespeare. Mosquitoes awaken, buzz round the carnations that twilight imbues; airborne Lilliputians, stage Terpsichoreans, the greens and the blues, a marvellous thousand small insects revolving around the carnations in frantic rotation. Then, after long whirling in pond-reeds and ivy and under dwarf oak, the little winged dancers are suddenly gone in mysterious dark. All’s quiet. But hold hard: long-tailed little bird, hop-hopping, so light. Then nothing, no sound, but blue and profound magnificent night.

Translation: Copyright © Timothy Adès

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Farewell

L'adieu

Guillaume Apollinaire (1880-1918)

L'adieu
J’ai cueilli ce brin de bruyère L’automne est morte souviens–t’en Nous ne nous verrons plus sur terre Odeur du temps brin de bruyère Et souviens–toi que je t’attends
Farewell
I’ve plucked this sprig of heather You know that autumn died We’Il be no more together Season and sprig of heather You know for you I’ll bide

Translation: Copyright © Timothy Adès

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