Testament
Set to music by Duparc.
Armand Silvestre (1837-1901)
Set to music by Duparc.
Pour que le vent te les apporte
Sur l’aile noire d’un remord,
J’écrirai sur la feuille morte
Les tortures de mon coeur mort!
Toute ma sève s’est tarie
Aux clairs midis de ta beauté,
Et, comme à la feuille flétrie,
Rien de vivant ne m’est resté
Tes yeux m’ont brulé jusqu’à l’âme,
Comme des soleils sans merci!
Feuille que le gouffre réclame,
L’autan va m’emporter aussi ...
Mais avant, pour qu’il te les porte
Sur l’aile noire d’un remord,
J’écrirai sur la feuille morte
Les tortures de mon coeur mort!
Testament
For the wind to bring you
On remorse’s black wing,
On the dead leaf I’ll write
My dead heart’s suffering.
My sap is all withered
In your beauty’s bright noon:
Like the leaf that is faded
My life is all gone.
Cruel suns are your eyes,
To my soul I am burned:
A leaf to the chasm,
Borne off by south wind.
This, first, it shall bring you
On remorse’s black wing:
On the dead leaf I’ll write
My dead heart’s suffering.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Poème d’amour
Love Poem
Armand Silvestre (1837-1901)
Love Poem
Je veux que mon sang goutte à goutte
Monte à ta lèvre lentement.
1
Comme un flot limpide et calmant,
De ton cœur il prendra la route.
Bois-le : mon âme y sera toute
Dans un suprême enivrement :
Car le seul mal que je redoute,
C’est de survivre à mon tourment.
2
Bois-le sans honte et sans peurs vaines :
Ce trésor sacré de mes veines,
Toi seule pourras le tarir.
3
Avec mon souffle, avec mon âme,
4
Ce sang que ta bouche réclame,
Bois-le ! – Car j’ai soif de mourir !
Poème d’amour
Drop by drop my blood must drip,
Climbing slowly to your lip,
Like a calm and limpid wave,
To your heart: no less, I crave.
Drink it: all my soul shall be
In the height of ecstasy.
My one dread, one injury:
To survive my agony.
Feel no shame: all fears are vain:
These my vessels you shall drain:
Yours, my sacred treasury.
Drink my soul and drink my breath,
Drink my blood, assuage your mouth.
Drink it! For I thirst to die!
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Let's watch, as on the silver lake
Allons voir sur le lac d'argent
Armand Silvestre (1837-1901)
Allons voir sur le lac d'argent
ENSEMBLE
Allons voir sur le lac d’argent
Descendre la lune endormie.
LUI
Le miroir des eaux est changeant
Moins que votre âme, mon amie.
ELLE
Rayon de lune est moins furtif
Que peine d’amant n’est légère.
LUI
Ainsi mon chant doux et plaintif
Ne te saurait toucher, bergère ?
ELLE
Amour d’homme est trop exigeant.
LUI
Pitié de femme est toujours brève.
ENSEMBLE
Allons voir sur le lac d’argent
Descendre la lune en son rêve.
Let's watch, as on the silver lake
BOTH
Let’s watch, as on the silver lake
The sleeping moon descends.
HE
The mirror of the waters changes
Less than your heart, my love.
SHE
The moonbeam is less furtive
Than lover’s pain is light.
HE
Could my song, soft and plaintive,
Not touch you, shepherdess?
SHE
Man’s love is too demanding.
HE
Brief always, woman’s pity.
BOTH
Let’s watch, as on the silver lake
The dreaming moon descends.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Charles Baudelaire (1821-67)
Recueillement
without using “e”
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici;
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.
Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main; viens par ici,
Loin d’eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant;
Le Soleil moribond s’endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul trainant à l’Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
Chill out, my sorrow: play it cool: calm down:
You said night ought to fall; you got your way.
Twilight cuts in: dusk sinks upon our town,
Doling out consolation or dismay.
Lust cracks his whip, that hangman void of pity;
Most of humanity, a vulgar throng,
Will wallow, and will blush for doing wrong.
My sorrow, hold my hand: now, quit this city:
Stand by. A rack of gowns that could not last,
Lining an upstairs rail: that is our past:
Smiling contrition in salt surf is born;
Sunlight is fading, dying in an arch.
Think of a long shroud trailing off to dawn:
Hark, darling! Night kicks into forward march.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Charles Baudelaire (1821-67)
Les Chats
without using “e”
Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.
Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres;
L’Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S’ils pouvaient au servage incliner leur fierté.
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin;
Leurs reins féconds sont pleins d’étincelles magiques,
Et des parcelles d’or, ainsi qu’un sable fin,
Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.
Passion may burn, and scholarship may chill:
But, swains and savants, jointly doff your hats!
Lords of our roost, our puissant pussy-cats
Match you for craving warmth and sitting still.
Cats quarry facts and stalk voluptuous bliss,
Finding a dull or downright Stygian spot;
Cats could sign on as four-in-hand of Dis,
If cats could justify a minion’s lot.
A cat that’s sunk in thought looks proud and grand,
Grand as a big old sphinx, aloof and sprawling,
Down chasms of hypnotic fancy falling.
From loins prolific, sparks of magic flow;
And grains of gold-dust, smooth and small as sand,
In dark and mystic iris dimly glow.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Charles Baudelaire (1821-67)
Correspondances
without using “e”
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,
Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.
This world’s a worship-hall: its columnry
Half-murmurs, on and off, a word or two;
Symbols grow thick and tall, as man walks through,
And watch him with familiarity.
A distant, long cacophony confounds
Its clangour in dark gulfs of harmony,
Monstrous as night, and vast as clarity:
A caucus of aromas, colours, sounds!
Fragrant as baby-limbs, mild odours waft
From rolling grasslands, ocarina-soft;
Or arrogant, triumphant, rich and high,
Far out, and growing to infinity,
Musk and patchouli, cinnamon, copal:
Transport and song of spirit, mind and soul.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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The Roses of Ispahan
Set to music by Fauré, and by Cui
Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-94)
Set to music by Fauré, and by Cui
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! que ton souffle léger.
Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux quel'oiseau qui chante au bord du nid de mousse.
Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l'oranger
Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !
O Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arome aux roses dans leur mousse.
L'oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l'oranger ;
L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce,
L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.
Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon coeur d'une aile prompte et douce,
Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse !
The Roses of Ispahan
Ispahan’s roses in lacing of moss,
Mosuli jasmines and blooms of naranj:
scent not more cool, nor a perfume more soft,
Leilah the pale! for your sigh is more light.
Your lip is coral, your laughter so light
thrills living waters, its voice is more soft,
thrills joyous breezes that lull the naranj,
thrills the winged singer who nests in the moss.
Yet the shy scent of the roses in moss,
breezes that revel around the naranj,
yet, living waters that murmur so soft:
these charm more surely, your love is more light!
Leilah! The hour that those fleeting and light
kisses departed your red lips so soft,
perfume has fled from the pallid naranj,
heavenly scent from the rose in her moss.
No more the bird in moist nest in the moss
pours out her song to the rose and naranj,
nor in the gardens does water sigh soft,
nor does dawn’s gold touch the sky pure and light.
Bring your young love, bring the butterfly, light,
back to my heart on wings willing and soft;
bathe with its perfume the blooms of naranj,
Ispahan’s roses in lacing of moss.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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A Dream of Christmas
Emmanuel : Un Rêve de Noël
Charles-Marie Leconte de Lisle (1818-94)
Emmanuel : Un Rêve de Noël
…Par les noirs tourbillons de l’ombre j’ai gravi
Les trois sphères du ciel où saint Paul fut ravi;
Et, de là, regardant, au travers des nuées,
Les cimes de la terre en bas diminuées,
J’ai vu, par l’œil perçant de cette vision,
L’empire d’Augustus et l’antique Sion;
Et, dans l’immense nuit de ces temps, nuit épaisse
Où s’ensevelissait toute l’humaine espèce
Comme un agonisant qui hurle en son linceul,
J’ai vu luire un rayon éblouissant, un seul!
Et c’était, entre l’âne et le boeuf à leur crèche,
Un enfant nouveau-né sur la paille fraîche:
Chair neuve, âme sans tache, et, dans leur pureté,
Étant comme un arôme et comme une clarté !
Le père à barbe grise et la Mère joyeuse
Saluaient dans leur coeur cette aube radieuse,
Ce matin d’innocence après la vieille nuit,
Apaisant ce qui gronde et charmant ce qui nuit;
Cette lumière à peine éclose et d’où ruisselle
L’impérissable vie avec chaque étincelle!
Et les bergers tendaient la tête pour mieux voir;
Et j’ai soudainement ouï par le ciel noir,
Tandis que les rumeurs d’en bas semblaient se taire,
Une voix dont le son s’épandit sur la terre,
Mais douce et calme, et qui disait: Emmanoël!
Et l’espace et le temps chantaient: Noël! Noël!
A Dream of Christmas
Through swirling mists and eddying gloom I scaled
three spheres of heaven whence St Paul was haled;
across the clouds I saw in distant show
Earth and her peaks diminished far below:
with mystic piercing eye I did behold
Augustus’ empery and Sion of old;
and in that age’s vast obscurity,
thick night, that shrouded all humanity
like one in cerements who strains to scream,
I saw a single shining, dazzling beam!
There at the cattle-stall on fragrant hay
by ox and ass a new-born infant lay:
new flesh and spotless soul, whose purity
seemed an aroma and a clarity!
The joyful Mother and the father grey
opened their hearts to greet this radiant day,
innocent morning after age-long night,
that charms the hurtful and assuages spite,
the streaming light that never can be dark,
imperishable life in every spark!
And as the shepherds craned their necks to see,
through the black sky I heard it suddenly,
while all the murmurs from below were stilled:
a sounding voice, by which the earth was filled!
Gentle and calm, it said, Emmanuel;
and Time and Space sang out: Nowell! Nowell!
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Ambitious Dreams
RÊVES AMBITIEUX
Joséphin Soulary (1815 –-91)
RÊVES AMBITIEUX
Si j'avais un arpent de sol, mont, val ou plaine,
Avec un filet d'eau, torrent, source ou ruisseau,
J'y planterais un arbre, olivier, saule ou frêne,
J'y bâtirais un toit, chaume, tuile ou roseau.
Sur mon arbre, un doux nid, gramen, duvet ou laine,
Retiendrait un chanteur, pinson, merle ou moineau;
Sous mon toit, un doux lit, hamac, natte ou berceau,
Retiendrait une enfant, blonde, brune ou châtaine.
Je ne veux qu'un arpent; pour le mesurer mieux,
Je dirais à l'enfant la plus belle à mes yeux:
"Tiens-toi debout devant le soleil qui se lève;
Aussi loin que ton ombre ira sur le gazon,
Aussi loin je m'en vais tracer mon horizon."
Tout bonheur que la main n'atteint pas n'est qu'un rêve.
Ambitious Dreams
Had I a plot of land, hill, dale or lea,
with any trickle, torrent, spring, or brook,
I'd plant an olive, ash, or willow tree,
and build a thatched, or tiled, or reeded, nook.
Snug in my tree, in grass or wool or down,
a bird would nest, cock-sparrow, finch, or black;
snug in my nook, in cradle, cot, or sack,
a child would rest, fair, dark, or chestnut-brown.
I ask a plot, no more: which measuring,
I'd say: "Stand forth," to one most pretty thing,
"against the rising sun, and cast your shade
upon the greensward. Where that shade may end,
so far shall I my boundaries extend."
Joys that we cannot reach are dreams that fade.
Translation: Copyright © Timothy Adès
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Art
THÉOPHILE GAUTIER (1811-72)
Oui, l’oeuvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.
Point de contraintes fausses!
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.
Fi du rhythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend!
Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce
Quand flotte ailleurs l’esprit.
Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur;
Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant;
D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.
Peintre, fuis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l’émailleur.
Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons;
Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.
Tout passe. — L’art robuste
Seul a l’éternité,
Le buste
Survit à la cité,
Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.
Les dieux eux–mêmes meurent,
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.
Sculpte, lime, cisèle;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant!
Art
Yes, a work comes out better
that’s hewn and won from matter
perverse:
enamel, onyx, marble, verse.
For false rules we’ve no use!
But to go straight as an arrow,
Muse,
your shoe needs to be narrow.
Down with commodious rhythm
that’s like an outsize boot,
whose fathom
fits and fails every foot!
Modeller, shun, for it slips
at your finger–tips,
the clay,
should thoughts go astray;
grapple with travertine,
or rarer
parian; guard pure line
of contour with hard carrara;
borrow from Syracuse
her bronze, standing firm
to accuse
proper pride and charm;
make dextrously, chase
in a perfect nugget
of agate
Phoebus’s beaked face.
Painter, eschew the gouache:
fix the frail timbres
at fire–flash
in the enameller’s embers.
Make mermaids and dolphins,
twist in fivescore fashions
their tailfins,
blue monsters of blazons;
haloed in triple lobe,
limn Mary and her Son;
the globe,
and His Cross thereon.
All passes. — Robust
art lives for ever;
the bust
is the city’s survivor.
The dull medal, found
by humble labourer
beneath ground,
reveals an emperor.
Even gods perish,
yet peerless stanzas
flourish,
stronger than bronzes.
Sculpt, chisel, rasp:
let the precisian
block grasp
your dancing vision!
Translation: Copyright © Timothy Adès
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